![]() |
Jean Paulhan (1884-1968) Successivement secrétaire (1920), rédacteur en chef (1925) puis directeur de La NRF (1935), membre du comité de lecture des Éditions Gallimard dès sa création, Jean Paulhan exerça une influence considérable sur le monde des lettres, se consacrant tout entier à la littérature et à son dévoilement critique. La très riche correspondance qu'il entretint avec Gaston Gallimard de 1919 à 1968, en librairie cet automne, place le lecteur au cœur d'un demi-siècle d'édition et de littérature ; tandis que Patrick Kéchichian propose dans la collection « L'Un et l'autre » un portrait rapproché et subjectif de Jean Paulhan. |
||||||||||
![]() |
À l'occasion de la parution de Paulhan et son contraire, Patrick Kéchichian et J.-B. Pontalis évoqueront la figure de Jean Paulhan à l'IMEC-Abbaye d'Ardenne, le 14 février 2012 à 20h.
|
||||||||||
Document : |
|||||||||||
|
« Hier encore, pendant la séance du comité de lecture, je considérais notre réunion et je me rendais bien compte que cette maison est bien la vôtre… Jamais je n'ai eu ni avec Gide ou Schlumberger, ou Copeau, ou même Jacques Rivière, l'intimité que j'ai avec vous. » Gaston Gallimard sait ce qu'il doit à Jean Paulhan, dont l'« autorité » n'a cessé de s'affirmer depuis qu'en janvier 1920, il est venu seconder Jacques Rivière à La NRF (la revue fondée en 1909, qui donna naissance en 1911 aux futures Éditions Gallimard). Travaillant sur la sémantique des proverbes, point d'entrée de ses réflexions sur le langage, il devient l'agent de liaison entre les futurs surréalistes et La NRF. Cet esprit contradictoire et sensible, dont l'intelligence et la feinte ingénuité purent autant éblouir qu'inquiéter ses interlocuteurs, fut un démocrate en littérature comme en politique. Son action à la NRF (1919-1965) et à son entour (les revues Commerce, Mesures, Les Cahiers de la Pléiade, 84...) portera sur tout le mouvement littéraire du XXe siècle, comme en témoigne sa collection « Métamorphoses » (1936-1963), où ont été publiés, entre autres, Antonin Artaud, Jacques Audiberti, Philippe Jaccottet, Marcel Jouhandeau, Michel Leiris, Henri Michaux, Pierre Oster, André Pieyre de Mandiargues, Francis Ponge, Raymond Queneau, Jules Supervielle, Jean Tardieu, Henri Thomas... |
||||||||||
|
La correspondance entre Gaston Gallimard et Jean Paulhan (1884- 1968) est bien plus que la simple chronique d'une maison d'édition. À mesure que grandit la complicité entre les deux hommes, elle offre de larges perspectives sur le métier d'éditeur et sur la portée collective de leur engagement. Si Gaston Gallimard se confie parfois à son proche collaborateur, lui faisant l'aveu de ses doutes, fatigues et tourments, Jean Paulhan aime à dresser devant son aîné un miroir suffisamment déformant pour révéler à lui-même celui qui s'y mire.
|
||||||||||
|
Gaston Gallimard et Jean Paulhan sont des personnages que nous connaissons bien, mais des personnes que nous méconnaissons. Ce couple célèbre de l'édition a fait couler tellement d'encre que leur masque nous est plus familier que leur visage. Par chance, les deux hommes nous ont laissé une correspondance de la plus belle eau, qui court sur près de cinquante années. Gaston Gallimard a ôté son nœud papillon, Paulhan sa veste grise : nous découvrons, avec ces deux hommes en bras de chemise, les dessous de la NRF. Rien de plus vivant ni de plus déconcertant parfois que cet échange fait de pièces et de morceaux : on y trouve à la fois des billets griffonnés et des lettres ouvragées, des années blanches et des années noires, des déclarations d'amitié et d'impôts. Paulhan et Gallimard travaillaient ensemble et se voyaient facilement ; leurs lettres sont le plus souvent familières, sans façon. Et souvent sans suite puisqu'elles appellent ou prolongent une conversation, à la faveur d'une maladie, d'un voyage ou d'un dimanche. Cette correspondance à bâtons rompus, où Claude Gallimard va prendre peu à peu sa part, fut avant tout professionnelle. Mais c'est une bien curieuse profession, qui serait plutôt de l'ordre de la profession de foi. Paulhan estimait en effet que sa « vie véritable » avait commencé le jour où Gaston Gallimard était venu, avec Jacques Rivière, lui proposer d'entrer à La NRF. Gallimard invoquera aussi l'ami disparu pour sceller leur alliance : « Depuis la mort de Jacques Rivière, la NRF, la maison, c'est vous et moi. » Également en librairie :
|
||||||||||
|
Patrick Kéchichian et J.-B. Pontalis évoqueront la figure de Jean Paulhan à l'IMEC-Abbaye d'Ardenne, le 14 février 2012 à 20h.
« De l'enfance à la vieillesse, d'une guerre à l'autre, dans sa réflexion sur le langage et la littérature ou sur la morale politique, dans son commerce avec les écrivains, dans ses responsabilités éditoriales, dans son exercice de la critique, dans ses engagements et ses dégagements, dans ses amours enfin, Jean Paulhan refusa de s'en tenir aux évidences acquises. Sous chaque apparence, sous la moindre certitude, autour de chaque mot, de la moindre idée, il creusa des tranchées, des trous, des galeries, des abîmes. Et comme cela ne suffisait pas, il se mit lui-même en jeu, en danger – celui de devenir fou – tenant simultanément ou successivement les différents rôles : l'écrivain et le critique, l'auteur et l'éditeur, le maître et l'élève, le terroriste et le rhétoriqueur, le sujet et l'objet, le mot et l'idée, le parlant et le parlé, en somme le marteau et l'enclume, la plaie et le couteau. Jean Paulhan n'a pas simplifié ma vie. Cette vie, il ne l'a pas non plus exactement éclairée. Mais, incontestablement, il l'a rendue, secrètement, cocasse, imprévisible, sensible, poreuse, faillible, risible et dramatique : intéressante dans des proportions considérables, presque extravagantes. » Du même auteur :
|
||||||||||
![]() |
Sous le signe des Fleurs de Tarbes, Paulhan désigne tantôt un seul livre, deux fois publié, en 1936 et en 1941, tantôt un projet plus général, autrement audacieux que le précédent, et qui devait être à la Critique ce que le Livre de Mallarmé devait être à la Poésie. C'est de ce projet général que témoigne l'ensemble du volume. Il ne s'agit pas pour Paulhan de réintroduire la Rhétorique en France : pour le meilleur et pour le pire, elle ne l'a jamais quittée. Si Paulhan avait pu faire porter sur la Rhétorique le livre qu'il envisageait, et dont nous n'avons que les fragments, il passerait aujourd'hui pour un dadaïste, plus radical que ceux qui en portent le nom, un terroriste, et point des plus modérés, un dynamiteur de quintessence enfin. Mais le langage provoque dans l'esprit tant d'illusions qu'il vaut la peine d'y regarder de plus près. Troisième volume des Œuvres complètes de Jean Paulhan. Également en librairie :
|
||||||||||
|
|||||||||||
| © www.gallimard.fr 2011 | |||||||||||