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Bartleby le scribe, Billy Budd, marin et autres romans
d'Herman Melville en « Pléiade »
Le quatrième volume des œuvres d'Herman Melville rassemble les Contes de la véranda avec « Bartleby le scribe » et les romans Israel Potter, L’Escroc à la confiance et Billy Budd, marin, dans des traductions nouvelles ou révisées. En librairie le 25 février 2010.
« Herman Melville est devenu fou », titre le Day Book de New York en septembre 1852. Pierre ou les Ambiguïtés a été jugé épouvantable, affecté, artificiel, inartistique et choquant — bref, le livre n’a pas plu. En 1853, le nouveau manuscrit du « fou », L’Île de la
croix, est refusé par l’éditeur Harper. Il sera
détruit par son auteur. Reste qu’il faut vivre.
Entre 1853 et 1856, Melville publie près d’une
quinzaine de contes et de courts récits dans
des magazines. Certains d’entre eux connaîtront
un destin exceptionnel, comme « Les
Encantadas », suite de croquis consacrés
aux îles Galápagos, « Benito Cereno », inoubliable
relation de la révolte d’un navire
négrier, et ce qui est sans doute la « tragédie
urbaine »
la plus célèbre de l’histoire de la littérature : « Bartleby
le scribe », dont on n’aura jamais fini d’interroger
le mystère, qui
est un mystère sans secret.
Melville n’en a pourtant pas terminé avec les formes longues. Il travaille à un feuilleton, Israel Potter, tout à la fois biographie (largement fictionnelle) d’un héros obscur de la
guerre d’indépendance, réflexion ironique sur l’Histoire et sur l’écriture de l’Histoire, et
méditation sur la banqueroute des ambitions humaines : peut-être le plus intimement
autobiographique de ses écrits. Israel Potter paraît en volume en 1855, deux ans avant un
roman méconnu, singulier, à découvrir, L’Escroc à la confiance. Trois chapitres y forment
une sorte d’« art poétique », et tout y est problématique, du narrateur aux personnages
en passant par la construction du sens, qui échoit au lecteur lui-même. L’Escroc est un
roman pour notre temps ; il n’y a pas lieu de s’étonner qu’il ait laissé les critiques de 1857
aussi perplexes que l’employeur de Bartleby face à son clerc. Melville n’y gagne pas un penny. Il va désormais se consacrer à la poésie, pendant trente ans — et aux douanes de
New York, qui l’emploieront vingt années durant.
Il doit lutter pour que ses œuvres poétiques soient publiées. Lorsqu’elles le sont, elles
ne récoltent qu’indifférence ou mépris. En 1885 sans doute, peu avant de prendre sa
retraite des douanes, il compose une ballade intitulée « Billy aux fers », brève évocation
d’un marin à la veille de son exécution pour mutinerie. C’est de ce poème que sortira son
ultime fiction, fidèle au monde de la marine de guerre qui avait fait le succès de Vareuse-Blanche — le lecteur sent sous ses pieds le pont du bateau, disait John Updike —, mais
profondément marquée par trente années d’écriture poétique. Il y travaille jusqu’à la fin
de sa vie. Trente-trois années passeront avant que le livre — Billy Budd, marin — ne soit
publié. Dans ce récit intérieur plus encore que dans les autres romans, le « mystère de
l’iniquité » est à l’œuvre, et la pureté n’existe que sous le regard de son éternel adversaire,
le « diabolisme incarné ». Billy Budd sera pendu. Le livre s’achève sur « Billy aux fers » et sur
un compte rendu officiel qui dit que l’innocent est coupable. Tel est le monde : apparence
et mensonge.
Ce volume contient : introduction, chronologie ; Israel Potter, Les Contes de la véranda avec « Bartleby le scribe », Contes non
recueillis, L’Escroc à la confiance, Billy Budd, marin (récit intérieur) ; notices et notes.
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Herman Melville
Bartleby le scribe, Billy Budd, marin et autres romans (uvres IV)
Édition établie sous la direction de Philippe Jaworski avec la collaboration de David Lapoujade et
Hershel Parker
Traductions nouvelles ou révisées
1424 pages, rel. peau, 105 x 170 mm. - 62,50 €
Collection Bibliothèque de la Pléiade
En librairie le 25 février 2010 |
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Également disponible dans la Pléiade :
Taïpi, Omou, Mardi (Œuvres, T. I), 1997
Redburn, Vareuse-blanche (Œuvres, T.II), 2004 : avant-propos, chronologie, note sur la présente édition ; Redburn, Vareuse-Blanche, Articles (1847-1849) ; notices, notes et
variantes, plan de Manhattan, complément bibliographique.
Moby-Dick, Pierre ou les Ambiguïtés (Œuvres, T.III), 2006 : préface, chronologie,
note sur la présente édition ; Moby-Dick
ou le Cachalot, Pierre ou les Ambiguïtés ;
appendices : « Aux sources de Moby-Dick », « Melville et Hawthorne » ; notices et notes ;
plan de Manhattan ; carte de la croisière
du Pequod ; complément bibliographique.
uvres
d'Herman Melville aux Éditions Gallimard |
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Les jours
Herman Melville naît à New York le 1er
août 1819. Il est le troisième enfant d'une famille qui en
comptera huit. Son père, Allan, est importateur et ses deux grands-pères
ont joué un rôle brillant dans la guerre d'indépendance.
Au début des années 1830, Allan Melville doit liquider ses
affaires et s'installe à Albany. Il meurt en 1832 en laissant des
dettes énormes. Herman quitte alors l'école et entre comme
petit clerc dans la banque de son oncle Peter Gansevoort. Il travaille
ensuite chez son frère, Gansevoort Melville, qui tente de monter
une affaire de peaux et de fourrures. Après la faillite de ce dernier,
Herman travaille dans la ferme d'un oncle puis comme instituteur. Il essaie
de poursuivre, comme il peut, ses études. La famille quitte Albany
pour Lansingburgh en 1937. L'année d'après, Melville s'engage
comme garçon de cabine sur le Saint Lawrence en partance
pour Liverpool. Il y fait l'apprentissage de la brutalité du monde
de la mer. Cette expérience marquera profondément Redburn
paru en 1849. De retour aux États-Unis, il reprend en juin 1840
un poste de maître d'école, voyage, travaille chez un avocat
et le 31 décembre, s'engage sur un baleinier, L'Acushnet,
dont la « tenue morale, écrira-t-il à
son frère, est très supérieure à la moyenne
des baleiniers ». C'est le voyage de Moby -Dick
qui commence.
En 1841, L'Acuhsnet part pour le Pacifique, fait escale
à Rio de Janeiro, au cap Horn, aux îles Galápagos.
Aux îles Marquises, Melville déserte en compagnie d'un de
ses amis et se réfugie dans une tribu cannibale : c'est le sujet
de Typee. À la suite de circonstances assez obscures, il
s'embarque comme matelot sur le Lucy Ann, où de pénibles
conditions de travail provoquent une mutinerie à laquelle Melville
se joint. Il est emprisonné avec les mutins à Tahiti et
jugé, mais parvient à s'évader. Toute l'aventure
sera reprise dans son second roman, Omoo. Le 7 novembre 1842, il
s'engage comme harponneur sur le Charles Henry qu'il abandonne
l'année suivante pour la frégate United States :
la discipline extrêmement dure qui y règne lui inspirera
La Vareuse blanche.
Rentré au pays, Melville épouse en 1847 Elisabeth
Shaw, fille du juge Lemuel Shaw, avec lequel son père avait été
en relations et qui était demeuré le protecteur de la famille.
Il s'installe à New York avec sa femme, sa mère, ses frères
et surs. Ses deux premiers livres, Typee et Omoo parus
respectivement en 1846 et 1847, lui assurent la célébrité.
Melville travaille alors à un nouveau roman, Mardi. Très
frappé par la révolution de février 1848, il y ajoute
plusieurs chapitres d'inspiration « démocratique »
consacrés entre autres à l'esclavage, à la famine
en Irlande et aux Indes. Mardi, publié à Londres,
est un échec. Il se consacre ensuite à l'écriture
de La Vareuse blanche (While facket) et entreprend la rédaction
d'un livre sur la chasse à la baleine.
Melville achète en 1850 une ferme dans le Massachusetts.
Il y fait la connaissance de Nathaniel Hawthorne qu'il admire à
l'égal de Shakespeare et auquel il va se lier d'une amitié
passionnée. Il lui dédie son « livre sur la baleine » :
paru à Londres sous le titre The Whale, le livre devient
à New York Moby-Dick or the Whale. Aujourd'hui considéré
comme le chef-d'uvre de Melville, Moby-Dick est alors mal
accueilli, tout comme Pierre ou les Ambiguïtés, qui
paraît l'année d'après. Melville écrit également
des nouvelles pour des magazines, dont Bartleby et Benito Cereno.
En 1856, Melville, en mauvaise santé, connaît
des ennuis financiers. Son beau-père lui offre l'argent nécessaire
a un voyage en Europe et en Terre Sainte. Il rencontre Hawthorne à
Liverpool, mais leur amitié prend fin. Il détruira les réponses
de Hawthorne à ses lettres et les deux hommes ne se reverront plus.
Melville se rend en Écosse, en Angleterre, puis en Méditerranée
mais éprouve peu d'enthousiasme. Il donne cependant des conférences
sur ses voyages à son retour. En 1860, il s'embarque sur le navire
de son frère Thomas, le Meteor, pour un voyage autour du
monde. II contourne l'Amérique mais ne va pas plus loin que San
Francisco. Il occupera ensuite divers emplois, ne publiera plus que des
livres de poésie, Battle Pieces, inspirés par la
guerre de Sécession, en 1866 et Chanel en 1876. Melville
meurt le 28 septembre 1891 après avoir achevé Billy Budd
qui sera publié en 1924.
uvres
d'Herman Melville aux Éditions Gallimard |