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LE GROUPE GALLIMARD AUJOURD'HUI

« Toute la question est de savoir si une entreprise
commerciale peut vivre en n'éditant que des ouvrages excellents de forme
et de fond. » (Claudel à Gide, 2 juin 1910) Si, depuis les
années d'après-guerre, les pratiques professionnelles ont beaucoup
changé, redessinant le visage de l'édition, le débat entre
qualité et rentabilité est toujours d'actualité. Qu'est-ce
qu'un éditeur de qualité aujourd'hui ? Pour Gallimard,
c'est être à la hauteur d'un patrimoine littéraire et de valeurs
qui ont présidé à son édification. Mais c'est aussi
préserver son indépendance, capitalistique et commerciale, pour
faire valoir des positions originales sur le marché. D'où la constitution
progressive d'un groupe Gallimard, structure équilibrée et diversifiée,
capable d'assurer à l'enseigne de saines conditions de croissance et de
développement. Des
Éditions de la Nouvelle Revue Française au groupe Gallimard
Les Éditions de la Nrf n'ont guère tardé à
étendre leur zone d'influence. En amont de leur activité, d'une
part, avec leur prise de participation dès 1919 dans l'Imprimerie Sainte-Catherine
à Bruges puis, en 1938, dans les ateliers de reliure Babouot ; en
vue de diversifier leur activité, d'autre part, en créant les Publications
Zed en 1928 pour les magazines ou encore la Nouvelle Société de
Films en 1933 et Synops en 1936 pour la production cinématographique. Outre
quelques rachats de fonds et prises de participation marginales, Gallimard rachète
en 1941 les luxueuses Éditions Tel. Dans les années 1950, l'expansion
de l'entreprise s'intensifie ; l'époque est à la croissance
externe. Gallimard devient alors un groupe d'édition à part
entière, réunissant les Éditions Denoël (1951), les
Presses d'aujourd'hui (1951), le Mercure de France (1958) et les Éditions
de la Table Ronde (1958). Des sociétés d'édition sont créées
en association avec d'autres éditeurs : le Club du meilleur livre,
la SEDE (1952). Des librairies viennent rejoindre le groupe naissant : Le
Divan à Paris, Kléber et La Mésange à Strasbourg.
Une troisième époque s'ouvre au début des années 1970,
suite à la séparation entre Gallimard et Hachette, partenaires depuis
quarante ans. Le maintien du groupe passe dès lors par son indépendance
commerciale. D'où la création d'une structure de traitement des
commandes en provenance des librairies. La SODIS, installée à Lagny-sur-Marne,
joue ce rôle depuis mars 1971. Optimisée, modernisée, elle
a tôt fait de prendre en charge la distribution de maisons extérieures
au groupe. La diffusion de Denoël et du Mercure de France est assurée
à partir de 1974 par les forces de vente du CDE, ancien comptoir de vente
devenu filiale de la maison mère, ouverte à d'autres éditeurs.
FED, quant à elle, devient une plate-forme de diffusion vers les grandes
surfaces. Gallimard développe à partir de 1972 un secteur d'édition
pour la jeunesse particulièrement dynamique, encore confirmé dans
ses choix, ces dernières années, par son extraordinaire essor. Le
« département » Gallimard Jeunesse est filialisé
en 1991. Par ailleurs, d'importants investissements sont consacrés au début
des années 1990 à la création d'une structure éditoriale
dédiée aux guides de voyage, Nouveaux Loisirs, elle-même filialisée.
Un effort de simplification des activités du groupe et de retrait de certaines
filiales devenues non stratégiques permettra dans les années 1990
de désendetter la société et de doubler ses résultats ;
le pôle historique « librairies » est maintenu, les
filiales étrangères sont consolidées. Fort d'une trésorerie
positive, les nouveaux développements de la Maison mère (parascolaire,
audiovisuel, multimédia...) peuvent être financés sur
fonds propres ; cette situation saine favorise également la croissance
externe, comme l'attestent les rachats ou prises de participation (L'Arbalète,
POL, La Table Ronde, Joëlle Losfeld...). Le 5 janvier 2003, Antoine Gallimard
peut annoncer que lui et ses proches, associés dans la société
Madrigall, détiennent désormais 98 % du capital de l'entreprise
familiale, suite au rachat des parts des actionnaires tiers (BNP, Natexis...) :
« Avoir un capital cohérent, rassemblé, nous permettra
d'avoir une liberté de manuvre et d'action plus importante. On dit
que toute les maisons familiales sont destinées à voler en éclats.
On prouve le contraire. » Le
Groupe Gallimard en 2004
Le groupe aujourd'hui, c'est des participations majoritaires des Éditions
Gallimard dans : Six filiales d'édition
: · Éditions Denoël ·
Les Éditions du Mercure de France
· Gallimard Loisirs (Guides touristiques)
· Gallimard Jeunesse ·
POL
(88 %) · Les Éditions de la Table Ronde
Trois filiales de diffusion et de distribution du
livre : · Centre de Diffusion de l'Édition
· La SODIS · France Export Diffusion Six
librairies : · Le Divan (Paris) ·
Librairie Kléber (Strasbourg) · Librairie des Facultés
(Strasbourg) · Librairie Delamain (Paris) ·
Librairie Gallimard (Paris) · Librairie de Paris (Paris) Quatre
filiales à l'étranger :
· Éditions
Foliade (Belgique) · Éditions des Cinq Frontières
(Suisse) · Gallimard Limitée (Canada) ·
Schoenhof's Foreign books (USA) et
des participations minoritaires dans des sociétés d'édition.
Le groupe réalise un chiffre d'affaires annuel consolidé de
265 293 000 euros (2003) et emploie un millier de personnes ; il
a publié quelque 28 millions de volumes en 1999. En 2004, le nombre de
titres publiés par Gallimard et ses filiales éditoriales s'élèvent
à 1470 (Gallimard, 732 ; Gallimard Jeunesse, 303 ; Gallimard
Jeunesse / Giboulées, 39 ; Gallimard Loisirs, 87 ; Gallimard
Éducation, 25 ; Denoël, 86 ; Le Mercure de France, 71 ; POL :
60 ; La Table Ronde : 67). Il tient ainsi une place de premier ordre dans son
secteur (cinquième groupe éditorial, premier éditeur indépendant
au classement Livres Hebdo 2003). Il réalise 75 % de son chiffre
d'affaires par son activité éditoriale et sa rentabilité
globale doit beaucoup à ses filiales de diffusion/distribution. Défendre
une profession
À la tête d'un groupe équilibré et indépendant,
Antoine Gallimard s'engage dans les débats qui, depuis vingt ans, animent
la collectivité professionnelle, prenant fait et cause pour le prix unique
du livre, notamment face aux menaces de la grande distribution. Ses prises de
position témoignent d'un souci de réglementation du marché,
qui, mesurée et respectant les intérêts de chacun, est une
donnée favorable au maintien d'une édition et d'une librairie indépendantes.
D'où une lutte militante pour la défense des librairies de détail,
notamment dans le cadre d'une association professionnelle indépendante,
l'ADELC. Le rachat de la Librairie de Paris et le soutien de la Librairie
Kléber témoignent de ce même souci de protection d'une profession
menacée. Quant à ses prises de participation dans le capital de
petits et moyens éditeurs ou l'accueil dans le catalogue Gallimard d'enseignes
de qualité (le Promeneur), elles participent d'une même préoccupation
de maintien des équilibres de la profession. Mesuré sur la
question du prêt public payant dans les bibliothèques, il prend part
publiquement aux débats sur le « photocopillage »
systématique des fonds d'éditeurs, notamment dans les domaines scolaires
et universitaires et sur la numérisation massive et la mise en réseau
programmée de corpus soumis à droits. Il s'engagera enfin très
fermement contre la publicité du livre à la télévision,
qui constitue à ses yeux un contresens économique dangereux. ©
www.gallimard.fr,
2005 |